Un jour, faire les courses sera le job des retailers

Publié le 17/06/20

Les courses. Barbantes et chronophages pour certains, elles sont devenues sources de stress et parfois d’angoisse pour d’autres dans cette période de Covid-19. Mais les choses sont en train de changer. Tout comme nous avons des fournisseurs d’accès à l’eau, l’électricité ou internet, nous pourrions demain en avoir à l’alimentation. Une petite révolution qui ferait peser le remplissage du chariot non plus sur le client, mais bien sur le distributeur.

Quelle sera la prochaine révolution dans les courses alimentaires ?

Il y a un peu plus d’un an apparaissait JOW. L’appli qui combinait idées recettes et paniers de courses adaptés pour en finir avec l’éternelle question du “Qu’est-ce qu’on mange ce soir ?”. Une initiative salutaire pour toutes celles et ceux qui voulaient mettre un terme à la charge mentale liée au remplissage du frigo et des placards. Depuis, d’autres initiatives sont venues renforcer ce type de dispositifs, aidées en cela par les objets connectés, l’automatisation des systèmes de livraison ou même l’essor des plateformes collaboratives. Des avancées, certes prometteuses, mais qui, portées par l’épidémie de coronavirus et de nouveaux acteurs, pourraient bien encore bouleverser les sacro-saints pleins de courses du samedi.

Et si on reparlait de l’abonnement aux courses ?

Formule rêvée pour de nombreux retailers, l’abonnement aux courses alimentaires n’a cependant pas encore trouvé son modèle définitif. S’il s’avère en effet pratique pour certains produits d’usage récurrent (on pense ici au service d’abonnement de livraison de couches d’AMAZON), il bute encore sur 2 problèmes majeurs : l’absence de diversité et de souplesse (qui voudrait manger toutes les semaines la même chose ? Et comment gérer les invitations à dîner et autres imprévus de dernière minute ?) et bien sûr le coût.

Sur ce dernier point, PICNIC, un supermarché néerlandais en ligne semble être sur le point d’avoir trouvé la solution…

PIC NIC révolutionne les courses en ligne.

Créé en 2015, ce supermarché d’un nouveau genre connaît un succès grandissant. Son secret ? Aucun magasin physique, juste une appli connectée à 25 centres de distribution répartis sur tout le territoire néerlandais, et surtout une livraison vraiment gratuite. Pas d’abonnements, pas de frais cachés, pas de taxes sur les produits… bien au contraire, les produits vendus sont aux mêmes coûts (voire parfois moins chers) que ceux en magasin. Comment est-ce possible ? Simple : PICNIC s’appuie sur un modèle qu’on pourrait qualifier de “ligne de bus”, là ou d’autres concurrents préfèrent celui “du taxi”. En clair, au lieu de s’éparpiller à aller livrer partout, le supermarché opte pour des itinéraires de livraison optimisés, ce qui lui permet de faire d’importantes économies. Pour devenir client PICNIC, il faut donc habiter le long d’un parcours de livraison ou attendre qu’un nouveau se crée… un peu comme pour la fibre et internet. Non seulement le concept prend, mais il plaît ! Il a déjà séduit 275 000 foyers aux Pays-Bas et commence à s’implanter en Allemagne. Il inquiète même, à juste titre, les concurrents brick and mortar. En moyenne, ces derniers perdent, en effet, entre 40 000 € et 80 000 € avec l’arrivée d’une tournée PICNIC dans leur zone de chalandise.

L’abonnement aux courses ou le modèle du “fournisseur d’accès à l’alimentation”.

Toujours plus pratique. Voilà peut-être ce qui, en plus du prix et du choix, sera demain le critère différenciant de tout bon distributeur. Les acteurs du secteur le savent d’ailleurs bien, puisqu’ils ne cessent d’innover dans ce sens. Dernièrement AMAZON testait aux USA la livraison des courses directement dans le frigo de ses abonnés, via un système de déverrouillage électronique et sécurisé de la porte d’entrée par des livreurs qualifiés. Plus récemment encore, et pour faire face à la crise du coronavirus, une enseigne a même lancé un site baptisé LES ESSENTIELS. Le principe : des paniers, disponibles en drive ou à la livraison, déjà préparés et composés d’un assortiment de fruits, légumes, plats cuisinés et épicerie. Une offre, à partir de 5€/jour et par personne, qui assure les trois repas quotidiens. Pour l’heure, on ne sait pas encore si cette initiative sera amenée à perdurer au-delà de l’épidémie. Mais, tout comme celle de PIC NIC, elle a le mérite de poser deux questions : En raisonnant et rationalisant les courses, les distributeurs ne se privent-ils pas des achats impulsifs, de dernière minute ou coups de cœur, générateurs de business ? Et surtout, y trouveront-ils un vrai contre feu au mouvement de désintermédiation mené par les marques sur le web ? La réponse est sans aucun doute dans nos paniers !

L’essentiel

Indispensable, le rituel des courses, à l‘heure de l’intelligence artificielle, de la data, de l’urgence écologique et du récent Covid-19, n’en demeure pas moins perçu comme contraignant et asservissant. De plus en plus de distributeurs tentent d’y apporter souplesse et praticité en s’inspirant du modèle de l’abonnement, voire même en se transformant en “fournisseur d’accès à l’alimentation”.

Crédits photos : JOW, PIC-NIC, iStock